Contes yiddish

C'est en écrivant Salves, recueil de nouvelles fantastiques, que se sont imposés à moi des thèmes appartenant à la tradition juive. Je me suis donc tourné vers cette tradition qui ne pouvait que m'inspirer ces Contes yiddish. Le retour d'Elvira, Un champion de jeun et Pérégrinations d'un chien n'en sont qu'un florilège.

 

LE RETOUR D’ELVIRA

 Un matin que Jacob se rendait à l’écurie, il trouva sa jument pie debout sur ses pattes de derrière. Séphira le regardait avec de grands yeux langoureux. Sa tête ressemblait à s’y méprendre à celle de sa femme, morte deux ans plus tôt. Le visage qui l’observait était aussi pleutre qu’autrefois : un menton en forme de galoche, des mâchoires trop lourdes et un front proéminent au contour tout bosselé. Des taches de rousseur criblaient ses deux joues qu’elle avait encore dodues, et ses lèvres étaient coiffées d’un fin duvet noir. Seule la chevelure avait capté la moire vive de la jument. Le corps élancé de Séphira était resté le même ; il avait gardé sa sobre robustesse  Sa robe était toute aussi brillante, sa croupe aussi lisse et sa queue aussi fournie. Mais ce matin-là, elle ne fouettait pas gaîment les mouches : elle pendait lugubrement sur ses jarrets comme après une randonnée. Jacob demeura sans voix. La tête de son ex-femme sur le corps de sa jument !

Il faillit s’enfuir à toutes jambes. Mais les yeux de Séphira étaient si doux qu’il resta cloué sur place. Ainsi put-il voir sa jument pie esquisser un trot ravi, frapper d’un sabot très gai la dalle de la stalle en ébouriffant sa merveilleuse crinière. Son regard ne tarda pas de se poser sur l’hideux visage de sa défunte femme qui le regardait à plein visage comme au Jugement Dernier.

- Que vais-je devenir et que dira-t-on autour de moi ? pensa-t-il catastrophé en considérant l’étrange tableau. Le village rira de cette apparition et ne croira pas un mot de cette histoire ! Ne devrais-je pas plutôt fuir ?

- Ah, non, lui dit Elvira. Fuir ne servirait à rien car il te faudrait fuir avec moi ! Je ne suis pas revenue dans cette maison pour en partir !

Sèche, tranchante, irréductible : c’était bien la voix revêche d’Elvira.

Il rassembla ses pensées.

- Elvira, écoute ! Je ne peux fuir avec toi puisque-tu-es-morte ! dit-il, détachant chaque syllabe.

- Pour autant, je reste encore ta femme !

- Oui, bien sûr, concéda-t-il. Mais si tu es bien Elvira, comment annoncer ton incroyable retour ? Personne ne pourra ici le croire !

- Ah ça, répondit Elvira, c’est à toi qu’échoit cette corvée ! J’ai choisi de revenir, à toi de te débrouiller !

- Oui, bien sûr, dit le malheureux Jacob. Tout cela est cent fois vrai. Mais si tu étais réapparue dans l’intégralité de ta personne, tout aurait été si simple ! Tous auraient parlé de revenante et personne n’en aurait fait d’histoire. Mais comme ça, mi-femme, mi-jument, que vais-je pouvoir dire ?

- Tu es donc toujours aussi aveugle et sot, répliqua Mme Jacob en frappant rageusement le sol. Si tu me regardais mieux, tu verrais que je n’ai pas changé ! Mais c’est toi qui as changé : tu ne sais plus reconnaître une femme d’une jument ! Il te suffirait pourtant d’ouvrir les yeux pour me voir telle que je suis. La forme après tout importe peu !

- Mon dieu, que vais-je devenir, pleurnicha Jacob pour qui toutes ces arguties ne pouvait gommer l’étrange histoire qui lui arrivait. Que vont dire les gens et qui m’aidera aux labours ? Séphira était si forte et si courageuse !

- Assez ! lui cria Mme Jacob. Tous ces pleurs n’y feront rien ! Si j’avais seulement pensé que tu aurais honte de moi, je n’aurais pas même cherché à revenir !

- Mais pourquoi, pourquoi es-tu revenue ? demanda Jacob dont les larmes ne cessaient de couler. Ne suis-je pas resté fidèle à ta mémoire ? T’ai-je maudite une seule fois et n’ai-je pas toujours pensé à toi avec respect ?

- Parlons-en, ironisa Mme Jacob. A peine morte, tu m’avais déjà oubliée ! Mais il fallait voir comme tu traitais Séphira ! Cette foutue jument avait droit à tous tes soins et tu n’aurais pas passé une heure sans elle ! La nuit, tu avais si peur qu’elle manquât de picotin que tu descendais à l’écurie lui en donner ! Sans parler des mots d’amour que tu murmurais à son oreille...

- Tout cela est faux, cria Jacob. Jamais je ne l’ai rejointe à l’écurie pendant la nuit !

- En tous cas, rétorqua-t-elle, il te faudra désormais compter sans elle ! Le sort a voulu que j’en garde le corps et que tu subisses ma tête. Tu pourras toujours flatter sa croupe mais c’est à moi seule et surtout à mon oreille que tu parleras ! J’aurais l’avantage aussi de n’être plus traitée par toi comme une bête de somme !

La facilité déconcertante avec laquelle la nouvelle Séphira acceptait une telle situation désarçonna proprement Jacob. Ses yeux allaient du visage satisfait et conquérant de feue sa femme au corps frémissant de la jument. Les deux s’épousaient sans états d’âme.  C’était à se demander si Dieu ne s’était pas endormi sur une bouteille !

Un instant, Jacob mijota de décamper mais il sut que son épouse le poursuivrait, qu’elle ne lui laisserait plus aucun repos. Séphira s’était bel et bien envolée. Il ne lui restait qu’à accueillir Elvira.

- Tout cela est beau mais où vais-je te loger ? dit alors Jacob, pensant que sa femme ne pourrait pas rester dans l’écurie et envisageant avec tristesse une nouvelle vie commune.

- Où que tu voudras, surtout pas ici, dit Mme Jacob en raclant avec dégoût la paille qui collait à ses sabots.

- Oui, mais où, geignit le pauvre Jacob. Tu sais comme moi que la maison n’est pas très grande et que notre chambre est trop petite pour loger une jument !

- Une jument ! hurla Elvira. Pour qui me prends-tu ? T’es-tu regardé au moins ? Tu es plus ventru qu’un porc et plus veule qu’un bovin ! Ton museau de veau est plus baveux que celui d’une gueule de crapaud et ton nez est aussi plein qu’une saucisse !

Et elle poursuivit, déversant sur lui toutes les insultes de la terre. Si Jacob avait encore douté du retour intempestif de son épouse (morte pourtant), les jurons qui sortaient de sa bouche l’en auraient mille fois dissuadé. Nulle plus qu’elle n’en connaissait ! Maintenant Mme Jacob trépignait sur place. De dépit, elle donna une ruade, tentant d’asséner un coup qui fit reculer Jacob.

- Eh bien, où vais-je dormir, groin baveux de hyène ?

- Bon, d’accord, lui dit Jacob. Je te laisse notre lit, moi je dormirais dans l’écurie. Je ferais en sorte que tu vives heureuse sous notre toit. Et je ne manquerais pas de combler tous tes désirs. Je ne te demanderai qu’une chose : ne t’aventure pas dans le village !

- Comme tu voudras, dit Elvira. J’aurais bien assez à faire à l’intérieur ! La maison doit être une véritable porcherie ! Je ferai en sorte qu’elle retrouve sa propreté d’antan !

- Bon, parfait, lui dit Jacob. Pour l’instant, j’aimerais que tu restes à l’écurie. Dès cette nuit nous essayerons de te monter jusqu’à la chambre !

- D’accord, dit Mme Jacob en marmonnant. Mais dépêche-toi !

Là-dessus, Jacob repoussa la porte de l’écurie et quitta sa femme.

 

L’emménagement de la nouvelle Elvira n’alla pas sans peine. La nuit venue, Jacob aida sa femme à gravir les marches qui menaient jusqu’à la chambre. L’escalier, qui en avait vu pourtant bien d’autres, faillit s’affaisser sous le poids de la jument. Un sabot resta coincé dans une marche qui avait craqué. Il fallut tirer, pousser, soulever et pour ainsi dire porter jusqu’à son lit la phénoménale revenante. Même le lit manqua céder quand elle se laissa tomber, couchée sur le flanc.

- Aïe de aïe ! J’ai mal de partout, geignait Elvira. J’aurais dû rester à l’écurie !

- Allons, tu n’es pas si mal ici, dit Jacob. Il te faut prendre tes marques. Dès demain, j’organiserai la vie autour de toi. Au fait, as-tu faim ? Que veux-tu : avoine ou un peu de soupe ?

- Ni avoine, ni soupe. Je voudrais dormir, hennit Elvira.

- Eh bien, je vais te laisser dormir !

Il partir quérir une couverture dont il recouvrit bientôt la croupe d’Elvira.

- Voilà, lui dit-il en tapotant son flanc. A demain, Séphilvira !

- Voilà qui est drôle ! Tu ne m’embrasses pas ?

-  Si, bien sûr !

A la demande d’Elvira, il laissa de la lumière et quitta la chambre. Puis il descendit à la cuisine où il comptait bien manger un bout. Tourmenté, il ne put manger et resta assis dans la pénombre, n’en revenant pas encore du retour inopiné de son épouse. Et en repensant à leur passé, ému et inquiet du lendemain, il finit par s’endormir.

 

Déjà, du vivant de feue sa femme, Jacob avait enduré plus d’un tourment. Sa femme n’était pas de tout repos. Elle le houspillait sans cesse ; lui, très patiemment, encaissait ses jérémiades. Mais à cette époque elle était jeune et svelte et n’avait pas la  lourdeur d’une jument. Ses manières étaient moins frustes et son pas moins lourd. Maintenant il lui faudrait compter avec sa différence. Voilà, c’était aussi simple que cela. Il faudrait qu’ils réapprennent à vivre ensemble.  

C’est précisément ce que pensait Jacob tout en se rasant, le lendemain matin du fameux jour du retour d’Elvira. Et déjà il projetait de réaménager les lieux. L’espace même de la maison devait être revu de fond en comble. Il faudrait pousser les meubles, voire s’en séparer, si elle devait rester à demeure. Lui aménager une pièce qu’il transformerait en stalle en perçant une ouverture. La chambre n’était peut-être pas une bonne idée. A priori, elle devait manger comme un humain. Dans le cas contraire, il bidouillerait une mangeoire et qui sait un abreuvoir. Pour le reste, il lui faudrait la bouchonner, la panser, la promener (seulement de nuit), mais ça, il savait le faire. Bref, tout était déjà bien agencé dans son esprit et il en aurait été heureux, n’eût été la crainte qu’il avait que les villageois viennent à apprendre le retour inopiné d’Elvira.

Cette crainte redoubla quand il entendit soudain des coups retentir contre sa porte. Des coups de boutoir et des cris qui l’appelaient. « Jacob, oh, Jacob ! » Les coups redoublaient, à en enfoncer la porte. Jacob lâcha son rasoir, s’épongea les joues maculées encore de crème et courut ouvrir.

- Quoi, que se passe-t-il ?

Une troupe de villageois, brandissant fourches et bâtons, piaffait devant sa maison. Tous étaient surexcités et braillaient comme des ânes. Celui qui cognait si fort était le bourgmestre. Quand il vit Jacob, il l’apostropha :

- Nous cherchons une femme-jument qui, depuis cette nuit, hante le village ! Prends ta fourche, viens avec nous ! Elle ne doit pas être loin !

-  Une femme-jument ?

- Une jument à tête de femme ! Prends ta fourche, dépêche-toi ! Tu ne seras pas de trop ! lui ordonna l’édile.

- Une minute, j’arrive, marmonna Jacob.

- Rejoins-nous sur la grande place, cria le bourgmestre.

Jacob entendit la troupe s’éloigner, hurlant et vociférant. Assommé, il monta droit à l’étage et trouva la chambre vide. Les carreaux de la fenêtre étaient brisés, le chambranle tout défoncé. Elvira n’était plus là. Elle s’était enfuie pendant la nuit.

Comme un somnambule, il sortit de la maison, s’arma d’une fourche qu’il trouva dans l’écurie et gagna la place du village. Là, comme dans un rêve, il vit Elvira cernée par un cercle des villageois formant une herse de dents de fourche. Et ils avançaient d’un même pas, prêts à l’embrocher. Elvira trottait, ruait, bondissait, tentant une ultime percée pour échapper à l’immonde supplice qui l’attendait. Jacob, hébété, assistait muettement à l’hallali. Elvira soufflait, suffoquait. Ses hennissements lui déchiraient le cœur. Et le claquement de ses sabots martelait ses tempes. Il leva sa fourche, prêt à s’élancer sur ses bourreaux. C’est alors qu’il entendit un cri. C’était Elvira qui l’appelait. A ce cri, il répondit et fonça comme un seul homme sur la troupe pétrifiée. Ce qui profita à Elvira qui, d’un bond, le rejoignit. Il sauta à cru sur elle. « En avant ! » dit-il à son oreille. Elle piaffa heureuse, puis elle s’élança, là où le soleil montait à l’horizon.  

UN CHAMPION DE JEUN

Il faisait grand froid en cette nuit d’hiver. Le vent soufflait fort ; il donnait des ailes aux gros flocons qui coiffaient comme un bonnet la tête de Munch. Munch allait en cheminant, les paupières baissées, elles-mêmes effrangées de neige. Et quand il levait la tête, il ne voyait rien, que le paysage blanc qui tanguait sous la bourrasque. Il marchait depuis des heures, perdu au milieu de la tourmente, sans avoir croisé la plus infime lueur de vie. « Sale temps, grogna-t-il. Et moi qui n’ai rien mangé depuis huit jours ! Nul endroit où m’abriter, nul auberge où m’arrêter ! Que vais-je devenir ? »

Le vent lui souffla une réponse.

« Munch, lui dit le vent porté par deux gros flocons, ne t’inquiète pas ! Tu n’es pas perdu ! Marche devant toi sans compter ta peine. Si tu suis ce que je dis, tu trouveras ton salut ! »

- Mon salut ! s’écria Munch. Ah, voilà qui est fameux ! Je parle d’un abri, d’une soupe et d’un bon lit et on me répond salut !

« Marche, lui dit la voix. »

- Qu’ai-je à faire de mon salut, bougonna-t-il car il adorait avoir raison.

Les flocons portant la voix s’étaient dispersés au vent. Munch était bien trop transi pour se perdre en arguties. Il n’aspirait qu’à trouver un feu où se chauffer. La paix, il l’avait depuis toujours puisqu’il vivait seul en ce bas monde ! Quant à ce foutu salut... Il leva un doigt au ciel et lança une kyrielle de jurons.

Pour réplique, le vent lui cingla le dos. En marchant, ses bottes s’enfonçaient dans l’épaisseur de neige ; et sur ses épaules des flocons volaient et se posaient comme des colombes. Le froid lui gelait les os et gerçait ses joues, ses lèvres étaient bleues. Il ne sentait plus son nez. C’est à peine s’il marchait encore !

- Pince-toi les joues, mouche-toi le nez et bouge-toi le cul, se sermonna Munch. Tu auras la peau plus rouge et le sang moins pâle ! Quant à ce maudit salut, n’écoute pas toutes ces fredaines. Ce ne sont que fariboles portées par le vent !

Or, comme il allait en pestant et maugréant, il perçut une musique. C’était une musique étrange qui flottait dans l’air glacé. Une musique qui ressemblait à une comptine chantée en sourdine. Un murmure fleuri de mots tendres et apaisants. Munch s’arrêta, regarda autour de lui et il n’en crut pas ses yeux. Ce qu’il vit le stupéfia ! Une guirlande de lumière, à deux pas de lui, ondulait entre les pins, dansait, voletait, oscillant d’une cime à l’autre. Elle s’entortillait, s’emmêlait aux branches enneigées et laissait dans son sillage une fine poudre d’or. Des sons purs et cristallins parvinrent aux oreilles de Munch.

Munch, Munch,

 Tu es trop malin

Pour avoir grand faim !

La guirlande sinuait semblant narguer les flocons qui fondaient à son contact. A chaque entrelacs naissait une poignée de poudre d’or, qui tout aussitôt disparaissait. Et la même musique chantonnait le même refrain.

Munch, Munch

Tu es trop malin

Pour avoir grand faim !

Marche encor un peu,

Et tu trouveras un feu !

« Dieu du ciel ! se dit Munch éberlué. Dans quel monde vivons-nous ! Pour un univers, ç’en est un ! Est-ce la faim qui me taraude ou ma tête qui délire ? Est-ce le génie de ma peine qui murmure à mon oreille ? Quelle est donc cette musique et surtout que me veut-elle ? »

Munch, Munch

Tu es trop malin

Pour avoir grand faim !

Munch s’arrêta en suivant des yeux la guirlande dans les bois. Il la vit qui serpentait,  ondoyante comme un serpent. Elle fit une dernière voltige puis elle disparut. 

 « Un rêve, voilà tout, » conclut-il en reprenant sa course.

« Non, lui dit une voix escortée par deux flocons. Tu ne rêves pas. Regarde devant toi, tu es arrivé au domaine du Salut ! »

- Vraiment ! J’ai beau regarder, je n’aperçois rien ! Ni royaume, ni salut ! s’écria le pauvre Munch.

« Ouvre donc les yeux ! » dit la voix exaspérée.

Pour se protéger du vent, Munch posa une main sur son large front, puis ouvrit tout grand les yeux. Là, sur son chemin, se dressait une porte : haute, massive, au fronton tout festonné de pierre. Munch faillit se cogner à la porte. Il n’eut que le temps d’épousseter sa pèlerine, de heurter ses bottes contre la pierre du seuil ; la porte s’ouvrait déjà.

- Que le bonjour te surprenne, dit un ange à plumes d’or. Entre, je t’attendais !

- Faites excuse, répondit Munch battant en retraite. J’ai dû m’égarer ! Au revoir ! Enfin, que la paix soit avec vous !

Il était déjà sur le départ, ne sachant comment fausser compagnie à l’ange.

- Où vas-tu, lui dit l’ange en lui agrippant le bras. N’as-tu pas assez souffert ? 

- Ah ça oui, répondit Munch. La souffrance, ça je connais ! J’ai froid, je n’ai rien mangé depuis huit jours et je cherche un gîte pour la nuit !

- Ta parole est vraie. Entre donc, tu trouveras là feu et lumière ! dit l’ange.

Munch entra en vacillant sous un souffle d’air glacial. Et la porte se referma sur lui.

Dans la pénombre, installé devant un feu de bois un homme l’accueillit avec chaleur. C’était un vieil homme, à la barbe blanche et aux yeux plutôt rieurs. Il était coiffé d’une calotte. Quand il lui parla, Munch nota que sa denture était gâtée.

- Salut, Munch, dit le bonhomme. Que Dieu te préserve du mauvais œil ! Approche et viens te chauffer !

L’homme le connaissait puisqu’il avait prononcé son nom. Il paraissait même heureux de pouvoir l’aider. Son regard était celui d’un père aimant recevant le fils prodige. D’un geste amical, il fit signe au pauvre Munch de s’asseoir à son côté.

- Assieds-toi ! dit le bonhomme.

- Vous me connaissez, balbutia Munch.

- Qui ne connaît Munch ? Toujours par les routes, par les champs et les forêts ! Toujours par monts et vaux ! Qu’il pleuve, neige ou vente ! Sans un sou en poche, aussi nu qu’un nourrisson ! Et capable de marcher un mois entier sans rien dans le ventre !

Le vieux s’arrêta :

- Dis-moi, Munch, n’est-ce pas ton portrait craché ?

- En effet, dit Munch.

- Mais tu veux peut-être connaître le surnom qu’on t’a donné ? reprit le vieux.

- Je préfère pas, dit Munch. Sobriquet et quolibet, c’est pareil au même !

- Ventre-vide, voilà ton surnom ! Et Dieu m’est témoin que je ne mens pas ! Tous les colporteurs te nomment ainsi, toutes les bornes des hameaux savent qui tu es, tous les arbres des forêts chuchotent ton nom ! « Ah, voilà ! Ventre-vide est de retour ! » Voilà ce que disent leurs ramures ! Et le vent lui-même te connaît !

Munch, abasourdi, l’écoutait sans piper mot. La bouche édentée du vieux semblait rire dans la broussaille de sa barbe. Sa voix était sourde, comme venue d’un autre monde. La clarté du feu donnait à son ombre une immensité d’apôtre.

- Cette nuit, reprit le bonhomme aussi excité qu’un feu-follet, tu as battu ton record ! Deux mois sans manger la moindre miette ! Bravo ! Tu es devenu pour moi un champion de jeun ! Si une telle nuit ne se fête pas, que je sois damné ! Approche ! Tu as mérité une bonne soupe !

Munch grelottait encore de froid. Ses membres tremblotaient et ses dents claquaient. Il était bien trop gelé pour faire un seul pas. Sur la table, devant lui, fumait une énorme soupière. L’âtre rougeoyait comme au soir du grand Sabbat. Des flammes dansaient sur les branches calcinées.

- Eh bien, t’as perdu ta langue ? dit le bonhomme.

Munch s’ébroua comme un chien mouillé, puis il s’approcha du vieux - ou du moins de cette soupe qui semblait l’attendre. Le vieux montra une chaise où Munch s’assit. Puis il lui tendit un bol fumant de soupe.

- Allez, bois ! Que pourrais-tu rajouter ? Tu as obtenu ce bol de haute lutte ! Comme dit le dicton : une parole de moins, une bouchée de plus, s’esclaffa le vieux.

Munch, sans l’entendre, se saisit du bol comme d’un talisman, le porta jusqu’à ses lèvres. Et il s’imprégna du chaud breuvage qui lui réchauffait le corps. Il fixait le vieux tout en buvotant. En fait, il tétait le bol plus qu’il ne buvait.

- Je sais, dit encore le vieux. Tu penses que je suis une chimère, le fruit maladif de ton incurable solitude ! Que ce qui t’arrive ce soir n’est qu’un pauvre songe ! Eh bien, tâte-moi le bras et tu verras bien !

Munch avait trop faim pour tâter le bras du vieux. Et plus il buvait, plus son être revivait ; plus son ventre gargouillait aussi. Que le vieux fût bien réel, il n’en avait cure ! Une chaleur dolente l’engourdissait et cela lui suffisait. Il pensa dormir mais voulait d’abord finir son bol. La soupe, elle, apparemment n’était pas une chimère !

- Tu ne veux donc pas savoir, insista le vieux. Tu sais pourtant comme moi qu’une chimère ne donne jamais de soupe, ni ne te convie à te chauffer !

- Chimère ou réalité, c’est pareil au même, grogna Munch tout en lapant sa soupe. Plus tu meurs de faim, plus il te faut jubiler !

- Le voilà qui cite le Talmud, s’énerva le vieux. Mais qui es-tu donc, Munch, pour me prendre de si haut ? Pour qui te prends-tu ?

- Ventre-vide ! N’est-ce pas ainsi que l’on m’appelle ?

Le vieux se dressa d’un bond et jaugea le pauvre Munch. Munch sursauta, pensant que le vieux était devenu fou. Quelle mouche piquait donc son hôte ? Il dut reculer d’un pas, cherchant une issue pour battre en retraite.

- A-t-on vu sur terre plus ingrat que toi ? lui cria le vieux. Je t’ouvre ma porte et tu joues les fanfarons ! Voilà qui est trop ! Donne-moi ton bol !

Munch lui tendit son bol vide.

- J’en reprendrais bien un peu, dit-il.

De colère, le vieux se saisit du bol qu’il jeta dans l’âtre. Puis il serra Munch par le col, le traîna jusqu’à la porte et il le poussa dehors.

-Va au diable, lui cria-t-il.

Munch se retrouva debout au milieu des bois. Tout semblait figé sous la neige épaisse. Un vent âpre lui cinglait les joues ; des flocons épars voletaient autour de lui, ce qui annonçait une future bourrasque. Il ne devait pas traîner car déjà de gros flocons fondaient sur sa tête. Se sentant le ventre plein, il lâcha un pet. Puis un autre plus sonore, dont il tint pour responsable la soupe de fèves. Il se rajusta, remonta le col de sa pèlerine. Voilà, tout était en ordre. Il se sentait prêt à affronter le vent. Mais au moment même où il se décidait à décamper, une voix candide s’insinua au creux de son oreille :

Munch, Munch

Tu es trop malin

Pour avoir grand faim !

Va, suis ton chemin !

 Je te donnerai la main !

Munch, en bougonnant, ignora la voix. Il avait perdu assez de temps. D’un pas décidé, il coupa à travers bois sachant que le vent n’aurait de cesse de le harceler de ses fredaines.

 

PEREGRINATIONS D’UN CHIEN

Quand j’arrivais dans le village de..., la lune brillait au ciel. Le vent au loin chassait de gros nuages noirs. La nuit était tombée. Le village était mort, figé dans un profond silence et comme frappé d’enchantement. Les rues, les places étaient désertes ; les boutiques fermées ; les cabarets muets. Pas un sabot ne claquetait dans son enclos, pas une voix derrière la porte des chaumières, pas même un chat que j’aurais pu courser. Personne que moi, errant dans un dédale de rues sans vie en dandinant ma carcasse de bâtard. J’avais faim, j’avais soif ; j’étais à bout de forces. Je cherchais où dormir : buisson, porte cochère, jardin de synagogue où je pourrais trouver la paix. Je m’arrêtais, tendais l’oreille et n’entendais que mon essoufflement qui ne me quittait plus. Je reprenais ma course dans l’ombre épaisse des maisons. Ma vieille truffe ne me menait nulle part ; elle n’avait plus le flair d’antan. Mes yeux eux-mêmes me lâchaient. A peine distinguaient-ils les portes et les fenêtres que je longeais.

Cette nuit, je fêtais mes quinze ans d’existence (pas loin de la survie) et pour un chien, je le savais, cela équivalait à passer ses cent ans. Aïe de aïe ! Je n’étais plus fringant, je devais bien l’admettre. Mes os étaient usés, mes crocs bien élimés, même mon cœur était perclus. Je n’avais plus la même vaillance qu’autrefois. De plus – était-ce le fait des années - j’étais devenu pleutre, couard et radoteur. Mal embouché, sourd comme un pot. Et, comble du comble, j’étais sujet ces derniers temps à une sempiternelle hypocondrie. Une douleur par ci, un embarras gastrique par là : je m’inventais toujours de nouveaux maux. Malgré tout ça, j’avais tenu le coup et je n’aurais donné ma vie de chien pour rien au monde.

J’avais parcouru tant de lieues, sauté tant de ruisseaux, suivi tant de sentiers que j’étais éreinté. Ici ou là, au gré de mes divagations, j’avais bu aux fontaines, fouiné dans des poubelles d’arrière-cours et rongé quelques os. Ces en-cas là n’avaient pas rassasié ma faim. A Klim, petite bourgade que je connaissais bien pour y avoir maintes fois erré, j’avais dû me défaire d’un os de porc parce qu’une femme ouvrant sa porte m’avait surpris la gueule dans le sac. Des cris, insultes et coups de fusil m’en avaient écarté. Des goys, avec leurs fourches, s’étaient lancés à ma poursuite. Je crois qu’ils m’auraient enfourché et sans doute écharpé si j’avais insisté ! Le plus triste dans l’histoire est que des chiens – des bâtards comme moi - s’étaient jetés à ma poursuite. Il fallait voir leurs crocs, leurs grognements, leur fureur assassine ! Par chance, je les avais semés. N’avais-je pas comme eux quatre pattes, une queue et des poils de partout ? N’étais-je pas de la même espèce ? En plus triste, en plus maigre et pouilleux, je l’avoue, mais un chien tout de même ! Ou du moins le croyais-je.

J’avais longtemps pensé qu’un chien restait un chien et que vouloir chercher à acheter l’indulgence des humains ne pouvait pas marcher. De tous temps, bien que ma mère m’ait élevé conformément aux lois canines, j’avais été rétif aux mœurs en usage. Non par bravade ou pour jouer les fanfarons, mais par une sorte de suspicion que j’éprouvais envers l’idée de clan. Qu’il soit humain, canin, le clan restait le clan. Pareil au même, aurait grogné ma mère, pense à toi et tu oublieras les autres. Dès mon jeune âge, j’éprouvais donc une sourde et insistante défiance envers la tyrannie clanique. Mon père comme ma mère avaient beau postuler qu’ils étaient seuls capables de m’enseigner les rudiments d’une vie canine, se proclamer sages, vertueux et aboyeurs en diable, j’avoue être resté récalcitrant à obéir à leurs préceptes. J’allais jusqu’à douter de leurs sagesse, vertu, aboiement émérite et tout le Saint Frusquin. Car si vraiment ils étaient tels - je veux dire sages et vertueux - pourquoi employaient-ils la force pour m’inculquer toutes leurs vertus ? Au lieu de quoi, afin que leurs commandements me rentrent dans la tête, j’avais droit à des coups de museau dans les flancs ou des morsures au cou ! A ce sujet, je dois bien avouer que les humains n’étaient guère mieux lotis que nous. Qu’ils nous rouassent de coups, nous autres chiens, c’était d’usage et pour tout dire communément admis, mais qu’ils le fissent avec leurs femmes et leurs enfants, voilà une chose qui ne cessait de m’étonner.

Dès ma première année et pour les seules raisons que je viens d’invoquer, on me colla une étiquette sur le dos (à défaut de me mettre un licol sur le cou). « Tu es, m’avait jappé mon père, un ergoteur » !  Et je dois dire qu’il n’avait pas tout à fait tort. Le vilain mot que ce mot-là ! D’abord, j’en fus vexé car je pensais aux poules. Puis je compris que de monter parfois sur ses ergots était plus qu’avisé ! (Comme on voit, au passage, j’aboie un peu d’humour ce qui est, m’a-t-on dit, un trait de mon aimable caractère). Mais revenons à plus sérieux. En contestant le bien-fondé du clan, c’était en somme remettre en cause son organisation. Ses dogmes, ses lois, ses illusions, sa pratique ancestrale. C’était braver son immanente autorité. C’était aussi me mettre au ban. Par mes bravades, mes incartades, mon incurable insoumission, je fus bien vite exclu du clan.

Et c’est ainsi que je devins un chien errant.

Aux tous débuts, je m’enivrais bien sûr d’avoir gagné la liberté. Je musardais, batifolais, couvrais toutes les femelles que je trouvais sur mon chemin. J’appris à chaparder, à détaler quand un humain tentait de m’approcher, surtout les gosses qui s’ingéniaient à me lancer des pierres avec leurs frondes. La compagnie des autres chiens m’était insupportable, soit qu’ils cherchassent à vivre en groupe, soit qu’ils passassent à l’ennemi. Car j’avais vite compris que l’ennemi du genre canin était humain. Ces années-là, de pur vagabondage, furent celles du bonheur. J’étais jeune, résistant, vif et rapide. Mon flair était indéfectible. Mes pattes avaient des ailes. Plus d’une fois, dans des situations parfois extrêmes, elles me sauvèrent la vie. J’eus quelquefois à affronter mes congénères dans des combats presque homériques. Par chance, je m’en tirais avec un bout d’oreille mordu ou une patte amochée. Un coup de griffe d’un chat sauvage me bousilla l’œil droit. Mais dans l’ensemble je réchappais au pire. Oui, ces années d’errance juvéniles furent sans doute les plus belles de ma vie. Elles me formèrent et me trempèrent le caractère.

En vieillissant, je dus me rendre à l’évidence : rien en ce monde n’était prévu pour les errants. Et encore moins pour les errants qui déclinaient ! Tant que mes forces étaient restées intactes, j’avais pu surmonter les difficultés de la vie. J’avais vécu heureux et insouciant. En égoïste, je l’accorde, mais sans rien demander à personne. Le clan ne m’avait pas nourri : je ne devais donc rien au clan ! Quand j’y pensais parfois, ma survie eût été plus aisée si je m’étais montré compréhensif avec mes congénères. Et en m’acoquinant avec une troupe errante, ma vie aurait été plus douce. Mais non ! Je ne voulais en aucun cas mener ma destinée comme un simple toutou. Et l’idée même d’échouer quelque jour dans un hospice canin me terrifiait. Mieux valait que je meure le corps criblé de plomb. Ou de misère, de faim, de dysenterie ou d’un cancer. Depuis lurette, il n’était plus dans mes projets de mourir dans un lit, même au coin d’un bon feu avec à volonté gamelle et ration d’eau. Non, je m’étais accoutumé à cette idée de mourir seul dans mon coin. Au fond, ma mort ressemblerait à la vie que j’avais vécue : orgueilleuse et stupide.

Cette nuit, alors que je traînais la patte en quête de nourriture, je sentis bien que j’atteignais le bout de quelque chose. La roue avait tourné pour moi. J’avais des crampes à l’estomac, mal de partout et ma tête bourdonnait ; je claudiquais et je sentais le froid s’immiscer lentement dans ce que j’appelais encore mes articulations. Voilà, je le savais très clairement alors que je tassais ma vieille carcasse dans le coin mort d’une ruelle : je mourrai cette nuit recouvert par la neige. C’était écrit ; rien à redire. Tel était mon destin. Le vent, qui brusquement s’était levé, vint me fouetter la truffe. Je me mis à trembler, tapi dans mon coin d’ombre, que dis-je à greloter, au point que j’entendais mes crocs qui claquetaient. Mes pattes avant se raidissaient ; et ma salive gelait sur mes babines. Les tout premiers flocons qui voltigeaient dans l’air vinrent me couvrir le poil avant de s’estomper ; d’autres tombèrent plus gros, plus drus, rendant mon pauvre corps et ma pelure d’errant à sa condition virginale. Je voulus m’ébrouer mais n’en eus pas la force. Alors, de guerre lasse, je me roulais en boule et je fermais les yeux sachant que je commençais là mon ultime voyage. Du moins m’y étais-je résigné, non sans penser une dernière fois à toutes les chiennes que j’avais eues et aux mille os engloutis durant ma vie.

Pourtant, ce n’était pas mon heure. Voilà pourquoi.

Soudain, alors que je sombrais dans ce que je croyais être l’ultime ossuaire canin, un coup de langue sur le crâne, puis d’autres sur le museau me sortirent brusquement de la glaciale léthargie où je croyais avoir sombré. Levant les yeux, je distinguai d’abord une masse blanche autour de moi - la neige qui me glaçait les os et qui couvrait pavés et pas de portes, ruelles, maisons et bourg. Tout était blanc, immatériel devant moi. Puis, en battant des cils où s’incrustaient déjà des gouttelettes de givre, je discernais une forme, dressée sur quatre pattes, que j’associais à la gent canine. Un rêve, probablement, ou le désir de rencontrer un être de ma condition au moment même de sauter le pas. Mais non ! Le coup de patte qu’elle me donna et le « debout » qu’elle m’adressa me firent dresser l’oreille. Flairant l’odeur qu’elle dégageait, je sentis la femelle. Quoique perclus, glacé, vaguement hébété, je me levais en flageolant. Et là, écarquillant tout grand les yeux, je me trouvais planté face à une créature que, de mémoire de chien, je n’avais jamais vue. Sa robe était superbe, épaisse et argentée ; son poitrail ample, couvert d’un poil fin, soyeux, lustré ; le masque de sa tête cernait deux grands yeux bleus. Elle était haute sur pattes, racée et toute en muscles. Ce n’était pas une chienne, mais une apparition ! Non : mieux encore. C’était (j’en fis, je crois, la déduction pour n’en avoir jamais connue) une splendide louve. Comme le cerne qui ourlait le bout de ses oreilles, elle était constellée de poils bleus que la lumière lunaire dorait. Un reflet vert courait sur son échine. Je restais interdit, subjugué par sa truffe braquée comme un laser sur ma triste personne.

 Son inspection finie, elle daigna me parler. « Ca va, tu peux marcher ? » demanda-t-elle. Je fis signe que oui, mais sans savoir si j’en aurais la force. Elle dandina sur place, hésitant à me croire, puis vint me renifler. Elle frotta son museau sur mon col gelé ; moi, à moitié groggy, tentais une mâle et molle approche. Tu parles, elle te fit un écart ! « La prochaine fois, c’est à mes crocs que tu auras à faire », me grogna-t-elle peu amène. « Ok, n’y pensons plus ! » lui dis-je l’air penaud. « Suis-moi ! » m’intima-t-elle. Alors, en s’élançant d’un bond altier dans la ruelle où j’avais cru mourir, elle m’ouvrit le chemin, commençant un périple que je ne crus jamais devoir finir. A travers bois, champs, monts et vaux. Dans la neige et le froid. Dans le vent, sous la pluie. En marchant à mon pas. En m’attendant quand je ne pouvais plus arquer. En partageant le bout de gras, fruit de ses chasses. En dormant contre moi, la nuit, le jour, et au gré de nos haltes afin que je ne prisse pas froid. En jouant avec moi sur la mousse des bois ou dans l’eau des rivières. Dora – c’était son nom -  cicatrisa à coups de langue les plaies qui me couvraient les pattes, me dorlota quand le moral était au bas et me guida cahin-caha et alors même que peu à peu m’abandonnaient mes dernières forces vers ce qui m’apparut bientôt comme un eldorado. Une forêt immense, couverte d’un blanc linceul de neige, nichée sur les coteaux d’une ancestrale montagne, où de vieux loups erraient en briscards solitaires, pareils aux âmes solitaires de leurs lointains aïeux et prêts à vivre une nouvelle vie, pour peu qu’un moribond comme moi leur cède enfin la place. Quand enfin, presque mort, je tombai sur le flanc, Dora vint me lécher. Elle hurla à la mort. Je voulus ergoter mais il était bien sûr trop tard. Et, poussant un soupir, ma truffe capta ce qui pour moi était le comble du bonheur : l’odeur ultime de sa robe argentée.

 

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